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Afrique: Privilégier les PPP dans le financement des infrastructures

Les Etats africains doivent privilégier les partenariats public-privé (PPP) et impliquer le secteur privé dans le développement des projets d’infrastructures. C’est l’une des principales recommandations des panélistes lors du 2e webinaire «Global Mind Talks» organisé jeudi 16 juillet par les cabinets Global Mind Consulting et BDO Maroc sous le thème : «Quels partenariats pour développer les infrastructures et les énergies durable en Afrique?»

Le développement d’infrastructures en Afrique demeure une nécessité, surtout dans un contexte marqué par une démographie galopante avec son corollaire de défis dans les grandes métropoles africaines : 2,5 milliards d’habitants en 2050, 120 villes qui accueilleront plus d’1 million d’âmes, selon un récent rapport du centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Un chantier énorme qui nécessité d’importants investissements. Les partenariats public-privé (PPP) constituent une belle opportunité, surtout dans ce contexte de pandémie où les financements se font rares.

C’est la conviction de Aziz Rabbah, ministre marocain de l’Energie, des Mines et de l’Environnement qui explique que le Maroc privilégie les PPP dans la mise œuvre des grands projets du royaume, en particulier dans le secteur de l’énergie. «Plus de 5 milliards d’euros ont été investis dans les énergies renouvelables au Maroc, par des entreprises marocaines et des partenaires internationaux, issus notamment de douze pays», révèle-t-il. Ce mode de financement a permis au Maroc d’atteindre la barre des 40% d’énergie renouvelable dans son mix-énergétique, grâce notamment au complexe solaire Noor Ouarzazate qui produira à terme 580 mégawatts. «Notre objectif c’est d’atteindre 52%  vire dépasser ce taux grâce à l’auto-production et les investissements du secteur privé. Nous prévoyons aussi d’exporter ces énergies propres sur le marché international». Ce montage financier est également perceptible dans d’autres secteurs. «Ces dernières années, le Maroc a investi des dizaines de milliards de dirhams dans plusieurs types d’infrastructures pour désenclaver et accompagner le développement des territoires, et développer une véritable logistique pour le marché national et international. (…) Actuellement, le gouvernement marocain développe plusieurs programmes d’un montant total de 100 milliards de DH dans les grandes villes du royaume», souligne-t-il.

Impliquer le secteur privé
Pour Kossi Felix Edoh Amenounve, directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), «il n’est pas soutenable pour les Etats de prévoir d’importants financements dans leurs budgets. D’où l’importance d’impliquer le secteur privé local». Le Covid-19 qui a contraint les grandes économies à optimiser leurs budgets et nécessité d’importants investissements devrait d’ailleurs inciter les Etats à revoir leur approche, d’après Moustapha Sow, directeur de SF Capital. Selon ce banquier d’affaires, ils doivent préconiser les PPP au détriment de l’endettement souverain auprès des Chinois et Turques.

Le Maroc l’a compris en intégrant massivement les privés dans la chaîne de valeur des projets infrastructurels. « J’ai instauré fin 2012 la préférence nationale lorsque j’étais ministre de l’Equipement et des Transports. Et aujourd’hui, 95% des projets d’infrastructures ont développés par des entreprises de droit marocain », se réjouit Aziz Rabbah. Au Sénégal, «le secteur privé local est impliqué dans la construction d’infrastructures, notamment dans l’immobilier», déclare Abdou Karim Fofana, ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique. Toutefois, précise-t-il, le gouvernement préfère recourir à l’expertise internationale pour le financement de grands projets, faute de partenaires locaux qui répondent aux critères de sélection. D’où l’importance pour  «le secteur privé africain doit s’ouvrir aux partenariats internationaux pour soumissionner sur certains gros projets », suggère Moustapha Sow. «Les Etats africains doivent  réduire leur dépendance vis-à-vis des partenaires internationaux et privilégier une approche régionale et continentale dans certains grands projets pour mutualiser leurs efforts dans le financement des infrastructures», indique M. Kossi.

L’épargne locale, une alternative de financement
En Afrique de l’Est, précisément aux pays des mille collines, le privé n’est pas en reste. «Le Rwanda a impliqué le secteur privé dans les projets de PPP. Notre entreprise a d’ailleurs participé dans un projet énergétique du gouvernement rwandais», confirme Thérèse Sekamana, directrice de LED Solutions et Green Energy Rwanda. Son entreprise, créée en 2011, a participé à la construction de deux centrales d’hydro-électricité. Cette ancienne expatriée rwandaise valide les partenariats internationaux à long-terme dans le secteur énergétique, mais insiste sur le transfert de technologies et le développement de l’expertise locale pour piloter les projets énergétiques. Pour sa part, Zakaria Fahim, président de BDO Maroc invite les Petites et moyennes entreprises (PME) «à se regrouper pour intervenir dans les projets PPP». Leurs solutions frugales qui s’adaptent souvent mieux au contexte local pourraient être un avantage de taille, renchérit-il. Les PPP oui, mais faudrait-il encore disposer de réglementation pour régulariser ce marché «Malheureusement, peu de pays ont réussi à mettre en place des lois sur les PPP pour rassurer les investisseurs», déplore M. Sow.

Outre les PPP, l’épargne locale constitue une alternative de financement, selon Kossi Felix Edoh. « Il faut développer l’épargne locale à long terme pour favoriser des investissements dans les infrastructures », précise-t-il. Selon lui, ces épargnes locales voire régionales devraient permettre de « développer les infrastructures pour faciliter le commerce intra-africain ». Une proposition qui rappelle celle de  Tidjane Thiam, ancien directeur général de la banque Crédit Suisse qui indiquait en 2018 que «les pays africains doivent plutôt utiliser l’épargne domestique pour investir dans des projets locaux», au détriment des prêts en devises, notamment les Eurobonds.

Construire des infrastructures c’est bien, prendre en compte le facteur humain dans leur mise en œuvre, c’est encore mieux. Telle est la conviction de Mouhamadou Abass A. Sall fondateur de Lamtoro Group. «Penser des projets indépendamment du temps politique nous permettrait d’avoir un meilleur impact sur le quotidien des jeunes africains», dixit l’architecte sénégalais. Autrement dit, des villes intelligentes et durables qui favorisent l’inclusion sociale et le développement humain. Un vaste chantier…

Elimane Sembène

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