African Development Bank Group (AfDB)

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L’Afrique australe doit mobiliser d’urgence des financements à grande échelle pour son développement afin de transformer une reprise économique régionale progressive et inégale en gains réels de qualité de vie, selon le Groupe de la Banque africaine de développement (https://www.AfDB.org). Cette recommandation est au centre de son rapport « Perspectives économiques régionales 2026 pour l’Afrique australe – Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique australe dans un monde fragmenté », publié mardi.

Le rapport de l’institution panafricaine examine les perspectives macroéconomiques de la région, quantifie le déficit de financement de son développement et présente les réformes nécessaires pour renforcer les systèmes financiers et la capacité d’action régionale dans une économie mondiale en mutation.

Selon le rapport, la croissance économique régionale devrait passer de 2,1 % en 2026 à 2,7 % en 2027, soutenue par un plus grand dynamisme touchant la consommation des ménages et le secteur des services. Cependant, la diversification limitée, la faible productivité agricole, les lacunes en matière d’infrastructures et la faible mobilisation des ressources nationales continuent de freiner la croissance et la résilience à long terme, réduisant les gains en termes de PIB par habitant et compromettant les efforts visant à lutter contre les disparités économiques profondément enracinées.

Un déficit de financement qui se creuse

Ce rapport contient un diagnostic sans appel : le défi du développement de l’Afrique australe ne réside pas simplement dans une pénurie de ressources, mais plutôt dans des contraintes persistantes quant à la mobilisation, la gestion et le déploiement efficace et à grande échelle des capitaux disponibles. « Le défi ne réside pas simplement dans un manque d’argent. Il s’agit de mobiliser, de gérer et de déployer les capitaux qui existent déjà, de manière efficace et à grande échelle, dans une économie mondiale de plus en plus fragmentée », a déclaré Kennedy Mbekeani, directeur général du Groupe de la Banque africaine de développement pour l’Afrique australe.

L’économiste en chef et vice-président du Groupe de la Banque chargé de la Gouvernance économique et de la Gestion des connaissances, Kevin Urama, a exhorté les dirigeants régionaux à mettre rapidement en œuvre la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), une initiative continentale portée par le président de l’institution, Dr Sidi Ould Tah, et approuvée par les dirigeants africains plus tôt cette année. « C’est uniquement grâce à la mise en œuvre effective des éléments constitutifs clés de la nouvelle architecture financière que le continent pourra surmonter les tempêtes financières, ainsi que la volatilité et les incertitudes accrues liées à la fragmentation actuelle des marchés financiers mondiaux », a-t-il martelé.

La formation brute de capital fixe dans la région a chuté à environ 18,6 % du PIB en 2025, un niveau inférieur au seuil nécessaire pour que les économies à revenu intermédiaire parviennent à une transformation structurelle. Compte tenu du resserrement des conditions financières au niveau international et de la diminution de l’aide concessionnelle qui aggravent la situation, l’Afrique australe devrait être confrontée à un déficit de financement annuel d’environ 55 milliards de dollars d’ici à 2030.

« L’écart entre l’épargne et les investissements nationaux reflète à la fois une dépendance à l’égard des financements extérieurs et une mauvaise utilisation des ressources locales », indique le rapport, qui cite la faiblesse de l’intermédiation financière, la mauvaise préparation des projets et le manque de sources de financement à long terme comme principaux obstacles à la conversion du capital disponible en investissements productifs.

L’inflation ralentit, mais les risques restent élevés.

Sur le plan macroéconomique, le rapport fait état d’un ralentissement significatif de l’inflation dans toute la région, de 26,1 % en 2024 à 12,3 % en 2025, avec une nouvelle baisse prévue à 8,4 % pour 2026.

Malgré une évolution globalement positive, le rapport souligne que les déficits budgétaires, l’alourdissement de la dette publique et les déséquilibres extérieurs continuent de restreindre les marges de manœuvre budgétaires. La réduction de la pauvreté a ralenti en raison des pertes de revenus, de l’inflation et des chocs climatiques, tandis que les inégalités persistantes, le chômage et la faiblesse des prestations de services continuent de limiter les gains en matière de bien-être. Des conditions financières mondiales strictes pourraient déclencher des sorties de capitaux et une dépréciation des taux de change, accentuant encore la pression sur une reprise déjà fragile.

Des capitaux inexploités

Le rapport identifie d’importantes sources de financement sous-exploitées dans toute la région (transferts de fonds de la diaspora et des investisseurs institutionnels, marchés des capitaux et richesse issue des ressources naturelles) même si leur potentiel varie considérablement d’un pays à l’autre. Les transferts de fonds jouent un rôle prépondérant au Lesotho et au Zimbabwe, tandis que la Namibie et l’Afrique du Sud bénéficient de marchés de capitaux plus développés et d’actifs de pension substantiels, ce qui laisse entrevoir un potentiel inexploité pour une participation accrue des investisseurs institutionnels.

Pour combler ce déficit de financement, le rapport recommande un programme intégré de politiques : renforcer les capacités budgétaires et la gestion des finances publiques ; endiguer les fuites de ressources et les flux financiers illicites ; dérisquer les investissements grâce à des instruments ciblés et à un recours accru au financement mixte ; et mobiliser les capitaux institutionnels, notamment les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les fonds souverains, par le biais de partenariats public-privé. Le rapport préconise également de tirer parti des technologies numériques pour formaliser l’activité économique, élargir l’assiette fiscale et renforcer le contrat social budgétaire.

Le rapport soutient que l’Afrique australe doit aller au-delà des modèles financiers centrés sur les banques pour construire des marchés de capitaux plus profonds et mieux intégrés, capables de canaliser les actifs à long terme provenant des fonds de retraite et d’assurance.

Zoom sur l’Afrique du Sud

Parallèlement à ses perspectives régionales, le Groupe de la Banque africaine de développement a dévoilé son Rapport pays (CFR) 2026 consacré à l’Afrique du Sud. Ce rapport, qui applique le thème du financement du développement à l’échelle nationale, montre que même le marché des capitaux le plus développé d’Afrique est confronté à un défi de financement important.

« La fragmentation de l’économie mondiale ne constitue pas seulement une menace pour l’Afrique du Sud. Elle représente également une opportunité », a déclaré Hendrik Oosthuizen dans un discours prononcé au nom du Trésor national sud-africain. « À mesure que les sources traditionnelles de financement concessionnel se réduisent et deviennent plus disputées, les pays qui prospéreront seront ceux qui parviendront le mieux à mobiliser leurs propres capitaux et sauront se positionner comme une destination attractive et dotée d’une bonne gouvernance pour les capitaux étrangers. »

La croissance du PIB sud-africain a atteint 1,1 % en 2025, contre 0,5 % en 2024, soutenue par l’agriculture et le dynamisme des secteurs financier, immobilier et commercial. La croissance économique devrait se situer à 1,2 % en 2026 et à 1,6 % en 2027 grâce à l’amélioration de l’approvisionnement énergétique et aux réformes de l’opération Vulindlela. Les pénuries d’électricité et d’eau, les inefficacités du transport de marchandises et des ports, ainsi que la vulnérabilité aux risques mondiaux continuent de peser sur les perspectives économiques. Le chômage demeure élevé, à 31,4 %, tandis que la dette publique devrait atteindre un pic à 78,9 % du PIB en 2025-2026.

Le rapport note que la sortie de l’Afrique du Sud de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en octobre 2025, après avoir mené à bien 22 réformes en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a contribué à renforcer la confiance des investisseurs et a soutenu la révision à la hausse, en mai 2026, de la perspective de Moody’s Ratings, qui est passée de « stable » à « positive ». Ces évolutions soulignent également qu’une gouvernance plus solide et une crédibilité institutionnelle renforcée peuvent réduire les coûts du capital.

Les deux rapports ont été présentés par Edward Sennoga, économiste en chef du Groupe de la Banque pour l’Afrique australe, en amont d’une table ronde intitulée « Mobiliser des ressources pour le financement du développement à grande échelle : des tendances régionales aux perspectives nationales ». Modérée par Hervé Lohoues, directeur par intérim du Département des économies pays de l’institution panafricaine, la discussion a réuni des participants issus du Trésor national sud-africain, de la banque centrale sud-africaine, du groupe de services financiers Nedbank, de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), des dirigeants de toute la région ainsi que des représentants de l’opinion publique.

Cliquez sur ce lien (https://apo-opa.co/3RH2GGB) pour télécharger l’intégralité du rapport (en anglais).

Distribué par APO Group pour African Development Bank Group (AfDB).