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Cession-Fusion-Acquisition. Comment évaluer son Entreprise ?

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Face aux contraintes du Marché, les Entreprises optent soit pour des stratégies de croissance externe (fusion, apport partiel d’actifs, rachat) soit pour des stratégies de croissance interne (augmentation de capital). Dans l’une comme dans l’autre, la première étape consiste à une préalable évaluation (réelle) de l’Entreprise.

De la valeur de votre Entreprise

L’évaluation d’entreprise est un exercice financier à la fois difficile et relatif, vu la pluralité des méthodes pouvant être pratiquées selon l’approche choisie. Dès lors, à côté de l’exercice purement technique, il est important de procéder à un diagnostic global de l’Entreprise. Lequel cherche à cerner plusieurs aspects: l’environnement économique et l’analyse stratégique, l’outil de production et la technologie, le marketing et le commercial, les éléments juridiques et fiscaux, les ressources humaines, les finances et la comptabilité. Toutes ces sources d’information concourent à permettre à l’évaluateur, de mettre en œuvre la méthode choisie. Il a en effet, le choix entre les méthodes basées sur le patrimoine, les méthodes fondées sur le rendement ou encore les méthodes composites.

I- L’évaluation basée sur les actifs

Il s’agit d’évaluer ce qui appartient à l’Entreprise. Cette approche patrimoniale du bilan compare ce que l’Entreprise a (actif) et ce qu’elle doit (passif exigible). Sous ce rapport purement comptable, il convient de procéder à certaines corrections, de façon à évaluer au mieux, la réalité du patrimoine. Les méthodes fondées sur le patrimoine ont été considérées comme obsolètes, comparées aux nouvelles techniques d’évaluation. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce rejet, parmi lesquelles: le principe d’enregistrement au coût historique, qui ne rend pas compte de la valeur réelle des immobilisations, l’absence de certaines valeurs (marques, fonds de commerce..) au bilan, les politiques de lissage des résultats entre autres. Il s’y ajoute que l’approche par le patrimoine ne tient pas compte de la qualité du management, de la position de l’Entreprise sur son marché et de ses possibilités futures. Mais, avec le développement des Offres Publiques d’Achat (OPA), les reprises d’Entreprises avec effet de levier, les liquidations ou privatisations, ces méthodes connaissent un certain regain d’intérêt. En effet, bien souvent, les actifs récupérés servent de garantie, de moyen de financement ou de réserve de sécurité dans les montages imaginés par les repreneurs. La technique consiste donc à opérer des corrections et redressements afin de pouvoir construire un tableau de synthèse reflétant la situation réelle de l’Entreprise. Cet exercice bilanciel est complété par le sort réservé au résultat. A-Les différentes valeurs d’actifs L’évaluation n’est pas uniforme. Elle fait intervenir, en fonction de la nature de l’élément d’actif, plusieurs types de valeurs d’approche.

  1. La valeur de liquidation forcée de l’Entreprise

 Elle comporte deux variantes : optimiste et pessimiste. Dans la variante pessimiste, il s’agit de la valeur à la casse qui correspond au prix de vente des équipements considérés comme hors d’usage. C’est en quelque sorte, une forme extrême de la valeur de liquidation. Dans la variante optimiste, la liquidation est progressive et l’Entreprise réduit sans hâte, son activité et ses moyens. Les actifs sont cédés à un prix négocié. La valeur liquidative sera le produit de la vente des biens auquel il faut ajouter les créances dans un contexte de liquidation progressive, avec défalcation (moins) de l’impôt sur les plus-values de cession nettes des moins-values, mais sans charge exceptionnelle de restructuration. Il y a comme une sorte de tentative de poursuite de l’activité. En pratique, il s’agit d’appliquer aux actifs, une décote globalement estimée en fonction de leurs natures, suivant une échelle normative, donc adaptable. Il convient de préciser que ces décotes sont purement indicatives et ne traduisent que des fourchettes de travail.

  • La valeur d’usage

Elle intègre également plusieurs variations : valeur vénale, valeur à neuf, valeur d’acquisition, valeur d’utilisation. Le plus souvent, la valeur d’usage se ramène à la somme des valeurs vénales pour les biens hors exploitation ainsi que les valeurs d’utilisation des biens directement liés à l’exploitation et dont la vente ne pourrait guère se concevoir dans l’optique de la continuité.

  • La valeur d’assurance

Son calcul est soutenu par un rapport d’expertise. En pratique, elle subit souvent un abattement de 30% compte tenu de son caractère gonflant. Toutes ces méthodes d’approche de la valeur permettent de calculer l’actif net comptable (anC) ou valeur mathématique (différence entre les actifs réels et les dettes réelles ou capitaux propres diminués des actifs sans valeur et augmentés des passifs sans valeur). C’est l’actif net comptable qui permettra donc d’arriver à un actif net comptable corrigé (anCC), par le jeu des déductions et des réintégrations d’impôts sur les sociétés (IS) latents. B- L’affectation du Résultat Lorsque les derniers documents font apparaître un résultat important ou lorsque le bénéfice distribuable est conséquent en raison de la mise en report des résultats des précédents exercices, il est essentiel de connaître l’affectation de ces sommes pour les traiter selon le cas, comme une dette à court terme (part distribuée) ou comme capitaux propres (part non distribuée). Il est toutefois nécessaire de tenir compte de l’impôt.

 II- L’Evaluation fondée sur la capitalisation des flux

 Elle est basée sur le rendement. Pour l’acquéreur, elle revient en fait à apporter une réponse à la question suivante : compte tenu du rendement financier de l’Entreprise, combien suis-je disposé à investir ? La réponse entraînera de facto trois autres questions : à quel taux faut-il actualiser ? Quel flux faut-il retenir ? Sur quelle durée doit porter le calcul ? Ces trois questions sont la mise en œuvre de deux principaux types d’approche : l’approche par le bénéfice et l’approche par le rendement.

  1. Choix du taux d’Actualisation

 Cette approche fait appel à la valeur de rentabilité (comptabilisation du bénéfice moyen futur à taux d’actualisation connu), la méthode boursière (bénéfice courant et fonction de croissance associés dans une analyse de Price earning ratio «Per»). La détermination du taux d’actualisation a un caractère plus ou moins arbitraire. Pour l’acquéreur, il peut être le coût actuel du capital ou une simple exigence de rentabilité. Les investigations menées à l’intérieur de l’Entreprise permettant bien souvent de modifier le taux arrêté.

  • Choix du flux à actualiser

Une fois le flux choisi, il est corrigé d’une façon extra comptable par des éléments exceptionnels. Les résultats sont alors variables: résultat courant après impôt sur les sociétés (IS) théorique, résultat d’exploitation après IS théorique, excédent de trésorerie d’exploitation (ETE) après IS théorique, dividende ou capacité d’autofinancement (CAF). Le choix est largement influencé par le type d’Entreprise : investissements industriels, société cotée en bourse, titres sociaux d’une PME. Cette méthode fondée sur les flux financiers (discounted cash flow, sinking fund) part de la formule de base suivant laquelle, la valeur de rendement d’une entreprise correspond à son dividende, avoir fiscal compris, divisé par (/) par le taux de rendement attendu. Sa formule mathématique donne : V (valeurs)= d (dividendes) / r (rendement).

3- Choix de la durée Cinq

 (5) ans est souvent une durée retenue pour le calcul des flux prévisionnels. Il s’agit alors d’actualiser la valeur de l’Entreprise dans les cinq (5) ans, laquelle dépend des flux futurs : soit r le Résultat à actualiser (r), le taux d’actualisation (t), la durée (n). Pour évaluer la valeur de l’entreprise (v.e), la formule de calcul sera : v.e= r1-(1+i)-n/i.

III-L’Evaluation fondée sur les méthodes composites

Henry Ford disait que les deux choses les plus importantes n’apparaissent pas au bilan de l’Entreprise : sa réputation et ses hommes. L’évaluation fondée sur les méthodes composites est principalement inspirée de la notion de «goodwill». En effet, selon les anglo-saxons, il y a des éléments de l’Entreprise qui ne figurent dans aucun état financier : le climat social, la notoriété, la bonne organisation de la production, dynamisme d’une équipe de commerciaux ou de chercheurs, croisement fertile des compétences. C’est ce qu’on appelle le «goodwill» et qui peut être évalué indirectement ou directement. A l’inverse, il y a aussi le « Badwill ».

1-L’évaluation indirecte du goodwill

 Appelée aussi méthode des praticiens, elle suppose une certaine complémentarité destinée à combler les insuffisances des deux principales techniques d’évaluation, en faisant la moyenne arithmétique ou la ventilation en pourcentage de la valeur de rendement. Souvent utilisée par l’administration fiscale, elle permet une évaluation indirecte du superprofit.

2_L’évaluation directe du goodwill

Le goodwill étant un supplément de résultat par rapport à la rentabilité théorique de l’actif engagé, il convient d’adopter une démarche assez délicate et progressive: déterminer l’actif engagé, déterminer la rentabilité théorique, calculer le super bénéfice ou rente de goodwill, capitaliser l’écart et enfin choisir une période de capitalisation. Les méthodes directes intègrent des schémas très divers (méthode des anglosaxons ou méthode simplifiée de l’Union des experts Comptables européens). Dans tous les cas, l’acheteur devra intégrer dans l’évaluation, l’incidence de l’effort financier qu’il devra fournir, en engageant dans le futur, ses capitaux pour rééquilibrer la structure financière et financer le développement. Il devra alors fixer les investissements et les besoins de fonds propres nécessaires pour faire face aux exigences de sécurité.

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