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Interview: Edeh Dona Etchri, directeur de Clean Sarl

«E-agribusiness, une bourse et un système d’informations agricoles»

La plateforme E-agribusiness séduit de plus en plus les Togolais. Elle a déjà raflé deux prix, «Apps Togo», un concours du ministère de l’Économie numérique sur les applications mobiles innovantes le 17 mai 2016, avant de remporter, le 31 mars 2017, le premier prix d’un hackhathon «AGRI PME» organisé par le même ministère et CIO Mag avec la participation de bailleurs internationaux. Son promoteur, Edeh Dona Etchri, directeur de Clean Sarl, nous explique cette innovation.

Tout d’abord, qui est Edeh Dona Etchri?
Je suis un passionné des TIC, développeur d’applications et un web entrepreneur ; directeur de Clean Sarl et promoteur de notre quatrième innovation, E-agribusiness. Je me suis fixé un objectif, travailler à trouver des solutions technologiques aux problèmes qui minent notre Afrique, pour un développement durable.
Tout est parti dans les années 2010 lorsque, féru des TIC, j’ai commencé par me former en ligne, dans des universités en France, aux États-Unis et ailleurs. J’ai tout d’abord développé un système de sécurisation de tickets d’évènementiels en ligne lorsque tout le secteur de la billetterie au Togo était sujet à la fraude massive. Ce produit a été beaucoup apprécié d’autant qu’il résolvait un problème réel.
J’ai été sollicité sur de grands évènements comme la Foire internationale de Lomé, les éliminatoires de la CAN-Mondiale Afrique du Sud 2013, comptant pour le match Togo-Gabon, et d’autres grands spectacles. Cela m’a permis de me découvrir moi-même et j’ai compris qu’il fallait chercher d’autres solutions à d’autres problèmes existentielles de mon pays et de l’Afrique.

À quels besoins répond E-agribusiness?
Au Togo, les agriculteurs ont un certain nombre de problèmes liés à leurs activités. Ils ont des difficultés à écouler leur stock. Parfois, cela pourrit et constitue un manque à gagner pour les paysans. Ils n’ont pas accès aux nouvelles techniques culturales, vivent dans des endroits très reculés et n’ont accès ni à internet, ni aux smartphones. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place E-agribusiness qui se décline comme une Bourse et un système d’informations agricoles.
Le côté Bourse parce que nous offrons un marché, de l’offre, de la demande et du troc entre les producteurs et agriculteurs. Le système d’informations parce qu’il permet à l’agriculteur de s’informer sur les nouvelles pratiques culturales. Cela permet également à un agriculteur de lancer des alertes précoces sur un phénomène observé dans son champ et, au même moment, recevoir des conseils par SMS ou par voix.

Quels bénéfices pour les agriculteurs, surtout analphabètes?
Le système prend en compte les agriculteurs analphabètes qui accèdent à la plateforme en langues locales. Un agriculteur appelle un numéro court (8686) et il est accueilli par un serveur vocal qui, lui, parle les différentes langues du Togo. Il sélectionne sa voix, entre en contact avec un opérateur qui le prend en charge, discute avec lui et l’insère dans notre système d’information. Après cela, l’information, après traitement, est diffusée sur notre site internet : www.eagribusiness.com/
De notre site internet, l’information va à nos abonnés mobiles, ensuite aux acheteurs ou abonnés par SMS qui reçoivent l’offre. Les réseaux sociaux sont aussi mis à contribution et une bande-annonce est diffusée aussi à la télévision nationale. Nous avons mis en place tout un mécanisme pour rendre l’information agricole (y compris la météo) accessible à un plus grand nombre de personnes, quel que soit leur niveau d’études. Il s’agit d’abord de fournir une information météo précise à l’agriculteur par rapport à son champ. Nous prenons les coordonnées de géolocalisation de l’agriculteur, nous les paramétrons sur notre plateforme et l’agriculteur peut à tout moment à la demande, avoir la météo qu’il y aura dans son champ. Nous disposons également d’une plateforme qui fournit des statistiques à l’endroit des demandeurs pour prendre des décisions stratégiques pour le secteur.

Doit-on en déduire que la mayonnaise a pris?
Nous sommes en pleine activité et voulons apporter des touches indélébiles à notre pays. À cette étape, nous avons certaines fondations qui soutiennent des agriculteurs dans les villages qui nous sollicitent pour venir former les agriculteurs à la plateforme. Nous avons à ce jour beaucoup d’offres et des agriculteurs qui nous appellent pour leur fournir tel ou tel service.
Nous allons multiplier des séances d’information à l’endroit des revendeurs. Notre marche va nous conduire vers des organismes internationaux qui ont de l’intérêt pour l’agriculture afin qu’ils puissent subventionner la formation d’un grand nombre d’agriculteurs. Nous avons la technologie et sa vulgarisation ainsi que son appropriation constituent l’autre défi que nous voulons relever. En Afrique, nos problèmes sont les mêmes qu’on soit au Sénégal, au Mali, au Bénin ou au Niger, il nous faut fédérer nos énergies dans le secteur pour relever ces défis.

Interview réalisé par Sylvio Combey

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